8 août 2021 by Mondo2.0
Santé numérique
Pour être sincères, si l’un de nos lecteurs nous avait demandé, il y a quelque temps, comment une accélération numérique aurait pu se produire, nous aurions probablement parlé d’eBooks, d’eCommerce, de quotidiens « entièrement numériques », de TikTok. En ajoutant ensuite que tout changement numérique définitif, capable d’impliquer la majorité des citoyens, aurait demandé au moins une décennie, sinon deux.
Ce n’est pas ainsi que les choses se sont passées.
La « Santé numérique » est arrivée, soudainement.
À cause de la pandémie, les services de santé sont devenus, en un peu plus d’un an, entièrement numériques. L’APP Immuni, tant raillée par les médias télévisés et la presse écrite, à laquelle nous avons consacré un article il y a quelques mois, n’a été que le premier pas.
Il est nécessaire d’avoir SPID, l’identité numérique, pour se connecter à son dossier de santé électronique ; il est nécessaire d’utiliser l’APP ou ce même dossier de santé en ligne pour obtenir son green pass. Il est nécessaire de savoir ce qu’est un QR code et comment il fonctionne.
Mais pas seulement. La réservation des services de santé, le changement de médecin traitant, sont possibles en ligne. De manière simple et immédiate, pour ceux qui savent le faire.
Et c’est précisément là le point.
L’accélération numérique dans le domaine de la santé a mis en évidence la présence, en Italie, de millions d’« analphabètes numériques ».
Des personnes qui n’utilisent le réseau que marginalement et qui n’ont pas la capacité d’abstraction et d’usage nécessaire pour bénéficier de services en ligne. Des personnes démunies face à cette « révolution numérique » qui entre dans notre quotidien et qui concerne certains de nos besoins primaires.
Une révolution qui porte en elle un immense paradoxe : les personnes les plus âgées, qui ont besoin d’un soutien plus important du service de santé, sont souvent les mêmes qui connaissent un « fossé numérique » impossible à combler face à ces nouveaux services en ligne.
Autrefois on faisait appel à d’autres pour écrire une lettre ; nous revient à l’esprit l’extraordinaire interprétation de Totò, écrivain public dans Miseria e Nobiltà. Tous, d’une manière ou d’une autre, savaient communiquer oralement, mais tous ne savaient pas communiquer par écrit.
Aujourd’hui, bien longtemps après, il existe un nouveau mode de communication nécessaire à tous mais qui n’est pas à la portée de tous.
Si l’on n’est pas capable de s’authentifier via SPID, de sélectionner, imprimer ou télécharger un PDF ou une APP, il faut, à nouveau, faire appel à d’autres. On est « analphabète numérique ».
Aujourd’hui comme hier, ces nouveaux services numériques sont regardés avec méfiance, presque comme un élément qui porterait atteinte aux droits et aux libertés personnelles.
Aujourd’hui, contrairement à hier, ce type de services fait l’objet d’attaques de hackers visant à déstabiliser, ralentir, arrêter ce processus de conversion au numérique.
Demain, exactement comme cela s’est produit hier avec l’alphabétisation de masse, tout le monde saura utiliser les services en ligne de santé, bancaires, d’achat de billets, de paiement des impôts, …
Demain ce changement, cette « révolution numérique » dans le domaine de la santé, sera oublié. Il fera partie intégrante de notre quotidien.
L’alphabétisation n’a pas causé de dommage à la société ; au contraire, elle a contribué de manière significative à la diffusion des droits et de la démocratie. De la même façon, les nouvelles technologies simplifieront la relation entre le citoyen et les services. Cela semble difficile à croire aujourd’hui, mais il en sera ainsi.
Entre-temps, il est raisonnable et opportun d’aider ceux qui vivent ce fossé numérique. Nous trouvons louable l’initiative de certaines pharmacies qui, avec la seule carte de santé (une autre carte « numérique »), impriment gratuitement le green pass.
Après tout, c’est la technologie qui nous a permis de réaliser les vaccins et de mettre en place, dans des délais extrêmement rapides, un processus de vaccination de masse, indispensable pour combattre concrètement le COVID-19, impossible autrement.
Malgré toutes les contradictions présentes aujourd’hui, il est évident que l’avenir des rapports entre citoyen et État est et sera entièrement numérique. L’espoir est que, sinon immédiatement, au moins à moyen terme, la technologie contribue à améliorer la qualité du service et la possibilité d’en bénéficier.
Mondoduepuntozero
