1 juillet 2023 by Mondo2.0
Le temps des « bases de données »
Internet évolue rapidement, dans de nombreuses directions disparates et controversées.
La phase des réseaux sociaux, au cours de laquelle nous avons tous commencé à expérimenter de nouveaux espaces d’agrégation et de confusion sociale, la phase Google, au cours de laquelle nous avons appris à chercher n’importe quoi et à nous contenter de la première réponse, la phase multimédia qui a banalisé le terme « selfie », … Mais aujourd’hui, dans quelle phase d’Internet sommes-nous ?
Nous sommes dans la phase des « bases de données » : les services que nous utilisons se sont transformés en véritables bases de données, d’immenses conteneurs, des bases de données, des dépôts multimédias dans lesquels tout est disponible et où il est possible de chercher n’importe quoi.
Les « bases de données » sont la conséquence d’un processus évolutif qui nous a conduits, dans le monde réel, à nous perdre dans les mégastores, des magasins toujours plus grands avec des milliers d’alternatives pour toutes les bourses, à fixer pendant de nombreuses heures nos smartphones, toujours plus « smart » en termes de performances, d’écran vidéo, de followers et d’amis, et à acheter en ligne dans des mégastores virtuels, évolution infiniment plus vaste des grands magasins cités précédemment.
Nous avons appris à chercher parmi des milliers, des dizaines de milliers d’alternatives, à comparer chaque achat possible ou besoin quotidien avec ce que proposent les grandes bases de données sur Internet.
Les « bases de données » sont le fruit de la capacité à lire, filtrer, faire défiler rapidement les contenus en ligne, qui caractérise de nombreux cyberutilisateurs. Une rapidité qui ne s’accompagne pas toujours d’une lecture attentive et d’une sélection consciente. Peu importe, l’important est d’avoir de nombreuses alternatives et d’être rapide.
Netflix, RAI Play, Disney, YouTube, Spotify, … ne sont rien d’autre que d’immenses, gigantesques bases de données qui permettent de parcourir des contenus, qui offrent, offrent et offrent.
Des bases de données informatiques enrichies de couvertures très colorées à la disposition de millions d’utilisateurs ; où la base de données numérique devient elle-même vitrine.
Leur mode même de présentation démontre l’ampleur de l’offre : la base de données est exposée, disponible, évidente, cliquable.
Les opportunités sont toutes là, sur votre écran, immédiatement sélectionnables.
L’évolution des modes de lecture visuelle du cyberutilisateur permet de dépasser le modèle typographique, dans lequel l’écran ressemble et se comporte comme une feuille de papier. L’utilisateur peut chercher le film, la série, la chanson, le livre, sans se lever du canapé de chez lui ou lorsqu’il est dehors, en marchant ou en courant. Paradoxalement, il peut faire des achats en ligne pendant qu’il fait du shopping dans le monde réel.
À l’intérieur des grandes bases de données, on peut faire défiler et courir dans toutes les directions, se déplacer rapidement de ce que l’on voit sur l’écran vers d’autres alternatives, vers le bas, vers le haut, de droite à gauche, ou grâce à la recherche vocale.
Amazon, peut-être la plus grande des bases de données (après Google), propose pour chaque recherche des milliers de résultats, avec des filtres d’affinement adaptés à presque tous les besoins. Les prix sont extrêmement compétitifs, souvent la marchandise arrive chez nous en 24 ou 48 heures.
Les grands éditeurs proposent des livres papier ou des e-books de tout genre.
Les appartements à vendre sont consultables grâce à des bases de données, tout comme les locations d’été.
La musique est accessible en streaming, toujours grâce à d’immenses bases de données.
L’achat et la consommation sont presque toujours immédiats, l’offre est potentiellement illimitée et ne cesse d’augmenter. Des millions de résultats.
Les institutions culturelles commencent elles aussi à proposer massivement leurs bases de données culturelles : livres, œuvres d’art, photographies, dessins, parcours culturels, personnages, …
Le nouvel internaute, l’utilisateur qui navigue sur le Net depuis plus d’une décennie, a de sérieux problèmes à exposer son propre soi et sa pensée en ligne, se laisse entraîner dans des débats inopportuns et submerger par les fake news mais, en même temps, il est devenu un utilisateur habile des bases de données, capable de sélectionner, comparer, acheter. Il choisit à l’intérieur d’énormes bases de données informatiques.
Cette nouvelle capacité de recherche, de navigation et de sélection détermine une fracture numérique, un digital divide, entre ceux qui savent naviguer dans ces bases de données et ceux qui ne le savent pas.
La télévision généraliste traditionnelle et la radio, médias qui suivent une programmation précise, voient augmenter de manière significative l’âge moyen de leurs utilisateurs. Ce sont ceux qui ne savent pas choisir numériquement dans les bases de données.
Tous les autres, en particulier les jeunes et les très jeunes, sont « dans » les bases de données, capables et désireux d’approfondir, de choisir, de créer des playlists personnelles.
Ils ont appris à comparer, sélectionner, choisir en quelques instants. Cette capacité de choix aura des effets sur leur conscience, leur estime de soi, le temps consacré au monde réel, les achats effectués, les temps d’attente, …
Le public de demain, capable de choisir, d’intervenir et de juger, sera profondément différent du public d’hier.
Mais puisque Internet, comme indiqué au début, est un espace en évolution continue, les bases de données ne sont rien d’autre que la rampe de lancement de l’étape suivante.
L’intelligence artificielle appliquée aux bases de données, combinée au traçage et au suivi de nos comportements, conduira les bases de données à suggérer des films, des livres, des articles en fonction de nos besoins, ce qui se produit déjà en partie. Plus ces logiciels évolueront, plus ils disposeront de données, les big data, plus ces suggestions seront appréciées, utiles puis indispensables.
Les bases de données se transformeront en suggestions, personnelles et efficaces, suggestions effectuées par des logiciels qui utilisent les bases de données.
Puis viendront les récits, le storytelling toujours généré par l’I.A. capable de nous impliquer émotionnellement, des histoires, des playlists créées ad hoc pour nous. Les suggestions issues des bases de données se transformeront en histoires, en interactions amicales et fiables.
Notre société, toujours plus automatique, est en pleine transformation numérique, comme le démontre le fait que parmi les protagonistes de notre époque se trouvent des bases de données.
Et dire que certains s’étonnent de l’impact que les chatBots auront sur nos vies alors que, pendant ce temps, ils ne remarquent pas que nous sommes désormais au « temps des bases de données ».
Mondoduepuntozero
