8 mai 2021 by Mondo2.0
Google, Revenus, Publicité, Smartworking, et … la liste est encore longue
Au premier trimestre 2021 Google a presque triplé son bénéfice : 55,31 milliards de dollars. Une tendance de croissance de +34 %, soit 18 milliards de dollars. Avec des chiffres aussi frappants, notre article pourrait s’arrêter immédiatement. Avec seulement deux lignes de texte.
Ce sont précisément ces chiffres qui nous amènent à réfléchir à ce « passage numérique » que nous avons, depuis presque une décennie, décidé d’appeler Monde 2.0 :
- C’est évident, il suffit d’écouter n’importe quel journal télévisé : les indicateurs de productivité de toutes les entreprises « réelles » sont négatifs. La pandémie nous a souvent relégués chez nous. Les moments de convivialité, les achats, les rencontres ont diminué … nous avons compensé en utilisant davantage Internet.
- Nous sommes tous (ou presque) à la maison. Les employés de Google ne font pas exception : grâce au smartworking Alphabet Holding, la société dont dépend Google, a économisé au premier trimestre 2021 pas moins de 268 millions de dollars. Moins de déplacements, moins de présence dans les bureaux, moins d’imprévus, moins de coûts.
- Moins de dépenses, plus de visibilité sur le réseau mais, surtout, davantage de revenus publicitaires. Non seulement grâce au SEO payant (modalité de positionnement en évidence dans la SERP, liste des résultats d’une recherche) mais aussi grâce à la publicité « outbound » (spots dans un pur style télévisuel qui précèdent les vidéos sélectionnées) sur YouTube, avec plus de 6 milliards de dollars.
- Revenus positifs, coûts en baisse. Des indicateurs auxquels les investisseurs du monde entier accordent une attention particulière. L’action « Google » (source Il Sole 24 Ore) a enregistré une hausse de +5,37 % depuis le début de 2021 jusqu’à aujourd’hui. En Bourse, comme toujours, l’argent va à l’argent.
La pandémie a déterminé une extraordinaire accélération numérique : les grands protagonistes du web, d’Amazon à Google, de Microsoft à Facebook, ont décuplé leur présence, leur disponibilité et l’attention de leur public. En même temps, dans un contexte toujours « moins réel », ils ont réduit leurs coûts de gestion.
Google, Revenus, Publicité, Smartworking :
« Money, money, … » comme le chanterait Liza Minnelli.
L’accès constant, compulsif, extrêmement personnel à nos PC et smartphones se combine avec une gestion délocalisée et centralisée de nombreux services : si j’« achète » sur le réseau je vais toujours sur …, si je « cherche » sur le réseau je vais toujours sur …, pour m’informer sur le réseau je vais toujours sur … .
Un court-circuit informationnel qui ne cesse de puiser de l’énergie auprès de ses propres cyberclients.
Il y a quelques semaines, un grand cargo échoué dans le canal de Suez a mis en évidence aux yeux de tous un paradoxe du « monde réel » : de nombreux navires disposent d’un seul point de passage pour atteindre certains lieux, ou en tout cas d’un seul point de passage dont les temps et les coûts de navigation sont raisonnables. Nous nous sommes demandé comment, au XXIe siècle, une situation de « lock-in » de ce type pouvait être possible.
Mais peu d’entre nous se sont demandé, ces mêmes jours, pourquoi dans le monde virtuel analogue on n’avait jamais accordé l’attention nécessaire aux nombreux canaux de Suez « virtuels » présents sur le réseau.
Parmi eux, Google est le « canal de Suez » de l’information, de la connaissance. Toute recherche effectuée sur le réseau passe d’abord par Google et par sa liste de résultats.
Le fossé entre numérique et réel se manifeste de nombreuses façons différentes :
- Le fossé en termes de croissance et de productivité entre les entreprises numériques et les entreprises réelles. Il en résulte une forte inégalité en termes économiques et financiers.
- La possibilité de faire du smartworking et de réduire les coûts réels pour les entreprises en ligne.
- Le déplacement des espaces publicitaires des médias traditionnels vers le web.
- L’attachement toujours plus fort, peut-être est-il plus juste de parler de dépendance, au web de la part de milliards d’individus partout dans le monde.
- La croissance des dynamiques de communication sociale, d’exposition personnelle, d’achat et de réservation en ligne de la part de nombreux, de très nombreux cyberutilisateurs.
- La naissance de nouvelles professions sur le web, et pas seulement de type technique ou informatique. Ces dernières années des dizaines et des dizaines de nouveaux métiers sont apparus…
- La diminution de la demande dans les emplois traditionnels, un phénomène commencé bien avant la pandémie.
Nous sommes certains qu’avec la fin de la pandémie, que nous espérons la plus proche possible, une partie de ces indicateurs reviendra dans le « monde réel » ; nous nous attendons à une sorte de redémarrage.
Mais la « new normal », la nouvelle normalité, sera caractérisée, également à long terme, par de nombreux facteurs de transformation économique et sociale de type numérique. Des facteurs qui auront des effets significatifs sur le monde du travail et sur la stabilité sociale.
Les services numériques bénéficient des faveurs du public (en réalité le public en dépend), n’ont pas de contraintes spatiales ou temporelles, sont durables en termes de coûts et de productivité, sont supranationaux et, pour l’instant, très peu réglementés. Ils sont légers, ils sont dans le cloud, ils sont toujours disponibles, ils n’ont pas subi les restrictions dues à la pandémie.
Nous avons tous un réfrigérateur et, à moins qu’il ne tombe en panne, nous n’irons pas en acheter un autre. Beaucoup d’entre nous ont une voiture et, en l’absence d’un emploi bien rémunéré et stable, ils en achèteront difficilement une nouvelle.
Mais tous ressentent quotidiennement le besoin d’aller sur le réseau : « consommer » des recherches, des contenus, des vidéos, des news, des posts, des chats, des hashtags, des événements … et, par conséquent, acheter de plus en plus souvent en ligne des biens tangibles qui nous sont suggérés précisément par le réseau. Après tout, sur le web le véritable produit « c’est nous ».
Le XXIe siècle restera dans les mémoires pour le début de l’ère web-moderne et de la société numérique, la pandémie comme facteur déclencheur de ce processus irréversible de numérisation.
Revenir en arrière depuis le Monde 2.0 ? Désormais c’est impossible.
Mondoduepuntozero
