6 mars 2021 by Mondo2.0
Clubhouse : l’évolution du Réseau Social
Les nombreuses critiques, parfois justifiées, adressées aux Réseaux Sociaux et à leur utilisation ne tiennent pas compte du fait qu’Internet n’en est qu’à ses premiers pas. Nous ne sommes qu’au début d’un parcours numérique commencé il y a un peu plus d’une décennie.
Clubhouse, le « Réseau Social » du moment, démontre comment les plateformes sociales peuvent évoluer vers des directions nouvelles et imprévues.
La grande nouveauté apportée par ce réseau social, ou plutôt par cette APP, est qu’au lieu d’ajouter des services, du multimédia et de l’interactivité, elle se donne pour objectif de simplifier, de réduire l’entropie qui caractérise le réseau.
Que retire Clubhouse aux cyberutilisateurs ? Beaucoup de choses.
Il ne permet pas de :
- Partager : posts, images, vidéos, enregistrements audio, messages texte
- Participer à des défis (challenge)
- Accéder si l’on n’est pas personnellement invité
- Monétiser (du moins pour l’instant) sa contribution
Nous considérons cette plateforme sociale « asociale » comme une expérience extraordinaire (à l’échelle mondiale, ne l’oublions pas). Peut-être unique en son genre. Un réseau social qui offre beaucoup plus en offrant beaucoup moins.
Que reste-t-il à faire à l’utilisateur sur Clubhouse ? À notre avis, énormément de choses.
Le réseau social repose sur la voix et sur une participation active et personnelle.
Il est possible de :
- Participer à des approfondissements en temps réel dans des salles dédiées, approfondissements qui peuvent être liés à des thèmes spécifiques ou de caractère général.
- Faire de véritables podcasts, si l’on est l’unique speaker sur la scène.
- Devenir follower des utilisateurs/speakers et recevoir une notification chaque fois que le speaker qui nous intéresse ouvre une salle.
Il existe une scène, avec un ou plusieurs speakers, et un public d’auditeurs. Chaque speaker peut donner son avis. Chaque auditeur peut lever la main et demander à être invité sur scène pour apporter sa contribution.
Ce Réseau Social débarrassé du « bruit de fond » revient à imiter le bar, l’auberge, la salle de classe, le siège d’un parti. Des lieux où se confronter et exprimer des opinions. Il se concentre sur le besoin primordial qui nous a conduits sur Internet : communiquer.
Et si la participation en temps réel était l’antidote contre les haters ? Et si le public du réseau, ou du moins une partie, en avait assez des images, des mèmes et des vidéos souvent banales, clonées des dizaines de fois ?
Clubhouse est simple, très simple à utiliser et, en même temps, il n’est pas inondé de contenus numériques et textuels, souvent soigneusement fabriqués et obsessionnellement récurrents, ni de publicités.
Sur Clubhouse il n’y a pas de place pour l’apparence extérieure ; la seule image se trouve dans la biographie personnelle, nous sommes simplement nous-mêmes avec nos sujets. Si je suis plus beau, plus voyant, plus désinhibé, je n’ai aucune chance supplémentaire. L’utilisateur de Clubhouse n’est ni surexposé ni en compétition avec les autres.
Plus nous essayons Clubhouse, plus il nous plaît ; nous vous donnons trois autres raisons :
- Jusqu’à aujourd’hui une grande partie des développeurs de logiciels et des designers ont continué à ajouter, ajouter et ajouter. Et cela au détriment de l’utilité, de l’utilisabilité et du design. Et si le nouveau point d’arrivée était d’enlever ? Minimiser ? Simplifier ? Avez-vous essayé d’ouvrir un quotidien en ligne ? Il y a désormais tellement de contenus qu’on n’arrive plus à lire. Peut-être que les réseaux sociaux et les sites web doivent eux aussi entreprendre un parcours visant la durabilité, envers les utilisateurs et envers les contenus proposés.
- Plus haut, très rapidement, nous avons évoqué le fait que ce réseau social n’est pas en libre accès. Il s’agit d’une condition extraordinaire qui renverse le paradigme social-Internet où tout le monde peut tout faire et être tout, partout. Pour accéder à Clubhouse il faut être invité, et chaque utilisateur ne dispose, à son arrivée, que de deux invitations. En un seul pas, avec cette nouvelle règle, le clonage disparaît, les catfish disparaissent, le concept d’identité unique s’affirme.
- Pendant la pandémie, les plateformes de meeting se sont imposées. Pour des raisons professionnelles, éducatives ou personnelles, nous nous sommes retrouvés à parler chacun notre tour, à lever la main numériquement, à utiliser le chat qui accompagne la réunion. Cette immersion forcée dans le numérique nous a obligés à acquérir les rythmes d’une conversation numérique, nous a éduqués à l’utilisation en temps réel des outils de communication, synchrone, séquentielle, fondée sur la courtoisie, l’exposition des contenus et la participation collaborative.
Clubhouse n’est aujourd’hui disponible qu’en tant qu’APP dans l’environnement Apple iOS, une autre limite importante qui affirme, aujourd’hui, son esprit libre et son intention élitiste. Il n’y a pas d’urgence : Clubhouse ne surexpose pas ses utilisateurs et ne doit pas se surexposer en tant qu’APP.
Le paradoxe est que de nombreux utilisateurs de smartphones Android, plus d’un million, ont téléchargé depuis le store Android une APP portant le même nom mais qui fait tout autre chose, déversant dans le store des milliers de commentaires négatifs. Un paradoxe qui confirme le besoin commun de dépasser les Réseaux Sociaux actuels, l’impulsivité et la confusion multimédia et émotionnelle qui les régissent.
Nous ne savons pas jusqu’où ira Clubhouse, comment les services évolueront, si des salles payantes seront un jour ouvertes, si l’accès sera libre, sans invitations. S’il sera racheté par Facebook et ramené « dans le droit chemin ». Une certitude demeure : Internet est en constante évolution ; avec des milliards d’utilisateurs et des milliers de startups, chaque excès déterminera, dans des délais exceptionnellement rapides, de nouvelles solutions et de nouveaux modes d’utilisation.
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